EASA2012: Uncertainty and disquiet

Nanterre University, France, 10/07/2012 – 13/07/2012

(W089)

Peur bleue, angoisses vertes : inquiétudes et incertitudes autour des objets naturels/ Blue funk, green anguishes: disquiet and uncertainty about natural objects (FR-EN)

Location V410
Date and Start Time 11 Jul, 2012 at 14:30

Convenors

Emilie Guitard (IFRA Nigeria ) email
Anne Sourdril (UMR 7533 Ladyss - CNRS) email
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Short Abstract

In a context of general "ecologization" of our living spaces, we aim at focusing on the anguishes brought by the promotion of natural objects in inhabited spaces, mostly urban, considering that these objects are much seen as out of control, and thus causing social desorder.

Long Abstract

L'environnement est aujourd'hui à la fois sujet, objet mais aussi cause d'incertitudes et d'inquiétudes dans de nombreuses sociétés du Sud comme du Nord, notamment en ville. Les notions en vogue dans les politiques publiques comme dans les médias de « développement durable » et de « conservation de la biodiversité » suggèrent la nécessité d'une « renaturalisation » de nos territoires, passant par un développement d'espaces de nature riches en espèces animales et végétales, de préférence autochtones et « sauvages ». Nous proposons dans le cadre de cet atelier une analyse critique de ces discours et de ces processus d'"écologisation" de l'espace, créateurs de profondes tensions à des échelles locale, nationale voire globale, et potentiellement sources d'angoisse ou d'incertitude pour les populations (pour exemples, les inquiétudes causées par la nécessité de contrôler certains éléments naturels pour survivre à, dans ou par son « écosystème », ou par le développement dans le cadre de l'habitat privé ou en milieu urbain d'espaces ou d'espèces naturels, vus comme envahissants et menaçants). Notre but est de comprendre comment ces objectifs globaux de préservation d'une nature "sauvage" ordinaire ne cadrent pas toujours avec des représentations de l'environnement quotidien, corrélées localement à une vision du désordre social. Au-delà des inquiétudes aujourd'hui largement médiatisées suscitées par la dégradation de la nature à l'échelle planétaire, nous pourrons nous interroger sur les angoisses causées par les objets naturels, comme éléments omniprésents de notre paysage quotidien, ambivalents parce que toujours prêts à s'échapper de notre emprise.

Today environment is a cause of uncertainty and disquiet in many Societies of the North as of the South. Popular notions both in public policies and Medias such as "sustainable development" and "biodiversity conservation" suggest an increasing necessity to develop in our lands rich native fauna and flora species. This workshop aims to analyze those discourses and ecologization processes which creates tensions at local but also national and global levels and which are source of great uncertainty and disquiet for local people. We aim to understand how the objectives of ordinary nature and wilderness preservation do not always meet local perceptions of nature and are more linked to social disorder. Beyond the disquiets created by the degradation of nature at the planet scale, we would like to question the disquiets caused by the natural objects as permanent but ambivalent elements of our quotidian landscape, always ready to escape from our influence.

Discussant: Louise Lhoutellier (Université Paris Ouest La Défense) et Valérie Vandenabeele (LESC/Université Paris Ouest La Défense/IRD) and Valérie Vandenabeele (LESC/Université Paris Ouest La Défense)

This workshop is closed to new paper proposals.

Papers

Uncertainties and anguishes facing Natura 2000: how local people deal with biodiversity conservation

Author: Marieke Blondet (MNHN & INRA)  email
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Short Abstract

In the context of the French implementation of the Natura 2000 network, the inhabitants of those protected sites may feel that the conservation of floral and faunal species has the preference over their own live and develop fear and anguishes for their future.

Long Abstract

Facing the common anxiety and anguish about the future of our natural environment, many governments of industrial societies are implementing various conservation programmes and protected areas. Since 1992, France as a member state of the European Union implements the Habitat Directive and Natura 2000 network. A group of sites were nominated to preserve the biological diversity of national and European significance. Yet, the human population, although it was not originally consulted, can continue its usual activities in a sustainable way.

This process of renaturalization of spaces where human activities take place raises some significant issues. With the Natura 2000 sites, local people have discovered the existence of floral and faunal species they had never suspected before and that were, until then, rather insignificant for humans. Their conservation, however, may lead to threatening some of the human activities and interests. At the same time a diffuse feeling is developing among the people of those sites: these protected species are being considered more important by the French and European authorities than the human beings living there, and who for some of them make a living from the exploitation of the natural ressources. Conservation of flora and fauna has preference over lives of the local people and their interests and issues as individuals, groups or communities.

This paper aims to describe how local populations around Natura 2000 sites may feel neglected in favour of the biological diversity; people who may develop fears and anguishes toward the network and biodiversity conservation.

Une invasion venue d'ici? Les algues vertes, de la nuisance au danger

Author: Alix Levain (Muséum National d'Histoire Naturelle / Institut National de la Recherche Agronomique)  email
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Short Abstract

La contribution se propose d'examiner, dans des territoires littoraux touchés par les « marées vertes », les dynamiques d'écologisation : comment les populations locales résolvent-elles les tensions que crée l'écart entre une longue expérience du phénomène et ses modes contemporains d'existence (risque et danger) ?

Long Abstract

La mobilisation de catégories globales pour penser l'environnement et les problèmes écologiques peut faire figure d'épreuve pour des systèmes de représentations locaux. Dans de nombreux espaces ruraux, elle coïncide par ailleurs avec des transformations sociales profondes. Les espaces littoraux sont particulièrement concernés par ces tensions. Ainsi, en Bretagne, les proliférations d'algues vertes touchent depuis plusieurs dizaines d'années certaines portions du littoral, du fait de l'enrichissement en nutriments des eaux côtières lié, principalement, à l'intensification agricole.

A mesure qu'évoluent les connaissances sur le phénomène, la composition et les représentations des populations fréquentant le littoral, les algues vertes passent d'un statut de nuisance localisée à celui d'une menace décontextualisée pesant sur les aménités de l'environnement littoral et sur la santé humaine. Elles offrent une prise à la formulation d'une angoisse du débordement et à l'élaboration de processus d'imputation et de stigmatisation. Cette évolution témoigne de la puissance d'évocation et de recomposition des rapports sociaux dont les processus d'écologisation sont porteurs.

Ces dynamiques sont accentuées par l'inefficacité des dispositifs de lutte mis en place depuis les années 90, dont les objectifs restent ambigus : s'agit-il d'éradiquer les algues, ou de rendre leur présence indolore ?

A partir d'une enquête ethnographique menée sur différents sites touchés par le phénomène, nous nous proposons d'examiner :

- comment, confrontées à un phénomène devenu en Europe un symbole des méfaits de l'agriculture productiviste, les populations concernées s'approprient ces catégories et les injonctions qui les sous-tendent,

- et comment elles investissent les espaces d'incertitude ouverts par l'écart entre les singularités locales des « marées vertes » et la dimension générique des dispositifs de lutte.

Entre rêves de colonisation et discours écologiste. Les enjeux de l'appropriation paysanne de la forêt Lacandona (Chiapas, Mexique)

Author: Ingreet Juliet Cano Castellanos (Université de Paris Ouest, La Défense - CIESAS (Mexico))  email
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Short Abstract

À partir d'une ethnographie sur les dialogues entre les populations et les acteurs institutionnels dans la forêt Lacandona (Chiapas, Mexique), on analyse l'incertitude et les contradictions vécues par les populations locaux dans un milieu de forêt récemment colonisé.

Long Abstract

Les transformations des milieux forestiers n'étaient pas nécessairement une source d'incertitude environnementale dans le pays du sud, concrètement á l'Amérique Latine, avant de la deuxième moitié du XXe siècle. Dans de nombreux contextes ruraux, cela a été interprété comme un signe de modernisation, voir une stratégie pour la croissance économique. On parlait donc de «l'expansion de la frontière agricole", c'est á dire, les appropriations des territoires et des ressources naturelles «sous-utilisés" de la part des États.

Dans les années soixante-dix les transformations des forêts ont été considérées comme un signe de la dégradation écologique à échelle mondiale. En général, il y a 20 ans que les populations colonisatrices des écosystèmes intertropicaux ont commencé à se rendre compte de l'impact des discours et des politiques environnementales. Les paysans, souvent considérés par les institutions publiques comme les principaux responsables de la déforestation des territoires colonisés, ont vécue l'incertitude de s'approprier de leurs nouveaux milieux. Ils ont subi également les pressions des préoccupations lies á la dégradation environnemental que les experts, le gouvernement et les ONG cherchent à rendre visible dans leurs localités.

À partir d'une ethnographie qui cherche à comprendre les dialogues entre les populations et les acteurs institutionnels dans la forêt Lacandona (Chiapas, Mexique), on met en évidence les tensions du processus «d'écologisation» de ce territoire ainsi que l'appropriation complexe, et parfois contradictoire, du discours de la conservation au niveau local.

La mangrove de l'angoisse. Esquisse critique des angoisses et des tensions sociales autour de la préservation des mangroves en Martinique, 1980-2010.

Author: Malcom Ferdinand  email
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Short Abstract

A partir de l’analyse des discours des membres d’une association écologique en Martinique dénommée ASSAUPAMAR, nous montrerons comment l’ « écologisation » de la mangrove provoque des changements dans les perceptions de celle-ci, la situant dans un entrelacs d’angoisses et de tensions sociales.

Long Abstract

Depuis les années 1970, les thématiques de la protection de l'environnement occupent une place importante dans les discours des politiques publiques et les revendications associatives dans le monde. Ces discours ont contribué à un bouleversement des perceptions locales des objets désignés « naturels » à l'instar du passage d'une nature menaçante à une nature menacée mais aussi à une politisation de ces objets qui se retrouvent au cœur de tensions tant sociales que politiques. Traversée par ces discours, la société martiniquaise est elle aussi le théâtre de tels changements et affrontements comme en témoigne la protection des mangroves situées le long des littoraux de l'île.

Tout d'abord, les mangroves qui représentent l'un des enjeux majeurs des politiques de conservation, sont aussi connues pour être les repères de moustiques susceptibles de donner lieu à des épidémies. Aussi l'érection de ces espaces peu accueillants en « écosystèmes fragiles » a-t-elle pour corollaire de les maintenir de par leurs imprévisibilités (menaçants ou menacés), au centre d'angoisses. Puis, dans cette société post-esclavagiste où perdurent des tensions sociales issues d'un passé colonial, les revendications autour de la préservation des mangroves révèlent également un conflit au sujet de la gouvernance de ces espaces communs entre collectifs écologistes locaux, propriétaires terriens et autorités étatiques où se déversent peurs et colères.

A partir de l'analyse des discours des membres d'une association écologique en Martinique dénommée ASSAUPAMAR, nous montrerons comment l'écologisation de l'espace place « l'objet naturel », ici la mangrove, dans un entrelacs d'angoisses et de tensions sociales.

Nature conservation and the ecology of chaos

Author: Liviu Mantescu (Max Planck Institute for the Study of Societies )  email
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Short Abstract

“If nature dies because we enter it, then the only way to save nature is to kill ourselves.” (William Cronon, The Trouble with Wilderness) This paper addresses the political implications of systems ecology for EU’s nature conservation policies and calls attention upon the ‘new ecology’ paradigm (also known as ‘the ecology of chaos’, Worster 1990).

Long Abstract

While systems ecology is based on the positivist assumption that nature tends toward equilibrium and homeostasis, the 'new ecology' paradigm emphasizes the instability, disequilibria and chaotic fluctuations both "natural" and human-impacted (Zimmerer 1994). EU policies for nature conservation represent the climax of today's institutionalization of biodiversity value thorough rigorous calculi of costs and benefits, which would be inconceivable outside understanding nature as an equilibrium model. As a consequence, politics incorporating the notion of nature start form the assumptions that (1) nature is predictable, (2) the carrying capacity can be accurately measured as well as the adaptation capacity of human practices, (3) biological diversity and temporal stability are inextricable and determinate. The paper will address first how these dimensions are represented in EU polices for nature conservation and what are the consequences on the ground as reflected in altering local practices of land use and access to natural resources. Comparative examples of rural community-based institutions that have historically managed highlands commons in Romania and Spain will be used in this regard. In the end the paper will tackle with the question of why, despite its relative mature constitution, new ecology paradigm is invisible in the green politics agendas.

Mais qu'est-ce qui se trame ? Identification des Trames Vertes et Bleues en Ile de France

Authors: Anne Sourdril (UMR 7533 Ladyss - CNRS)  email
Agnes Fortier (INRA)  email
Pierre Alphandéry (Inra)  email
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Short Abstract

Nous nous interrogerons sur les processus d'identification des Trames Vertes et Bleues, outil d'aménagement et de conservation de la biodiversité encadrée par l'Etat mais mise en œuvre par les collectivités locales: Comment les collectivités s'approprient-elles cette mesure ?

Long Abstract

Le processus d'identification des continuités écologiques de la TVB donne une place importante à la mobilisation des connaissances. Il s'agit, en effet, d'articuler les dimensions écologiques et territoriales mais aussi différents types de savoirs (scientifiques, gestionnaires, locaux). Partant de l'exemple d'un travail de modélisation commandé par un Parc Naturel Régional à un bureau d'études, nous avons analysé comment les options retenues aboutissaient à se priver de nombreuses sources d'information locales. Réfléchissant plus globalement sur la place accordée aux données quantitatives dans un monde hanté par la performance et la transparence, cet article esquisse des pistes pour favoriser le débat et la prise en compte d'une pluralité de formes de connaissances.

This workshop is closed to new paper proposals.